Mettre son téléphone dans une autre pièce aide-t-il à se concentrer ?

Peut-être – mais pas de façon fiable pour chacun ni pour chaque tâche. Certaines expériences trouvent moins d’attention disponible avec un téléphone proche, d’autres aucun effet. La distance vaut d’être testée, pas d’être érigée en règle.

Matthew KFondateur, Fella
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Réponse courte

Éloigner son téléphone est une expérience peu coûteuse qui peut aider, mais « un téléphone silencieux draine toujours le cerveau » est trop fort.

Les expériences initiales de « brain drain » ont trouvé une capacité cognitive moindre avec le téléphone sur le bureau ou à proximité que dans une autre pièce – là, la performance était la meilleure. La suite est moins uniforme : une étude n’a trouvé aucun effet global sur mémoire à court terme et prospective, une autre une baisse de l’attention de base avec le téléphone présent, et une méta-analyse de 22 études/43 effets a trouvé un effet négatif moyen qui variait fortement selon le domaine cognitif.

Concrètement, la distance peut compter pour certaines tâches, pas que tout téléphone silencieux proche dégrade fiablement la concentration. Si votre téléphone tire souvent l’attention, tentez quelques jours dans une autre pièce et voyez si le travail paraît moins fragmenté.

Ce que les chercheurs entendent par présence du téléphone

Il ne s’agit pas de recevoir un appel, une vibration ou une bannière à cet instant. Dans ces études, le téléphone est silencieux et écran contre table, ne sonne ni ne s’allume.

L’idée : l’appareil lui-même est un objet saillant – un indice que l’esprit surveille en arrière-plan, même quand vous comptez l’ignorer. Les chercheurs décrivent un coût en ressources cognitives disponibles, pas l’accusation d’être consciemment distrait ou d’avoir une pathologie.

C’est différent de saisir son téléphone sans décider. Ce schéma – pourquoi on consulte son téléphone quand on s’ennuie – est un check initié. La recherche sur la présence teste si le simple fait d’être là change ce que l’esprit a de disponible pour la tâche, avant même de toucher l’appareil.

Téléphone sur le bureau vs à proximité vs dans une autre pièce

La plupart des expériences comparent trois distances dans la même session : téléphone sur le bureau visible, téléphone à proximité caché (poche/sac) et téléphone dans une autre pièce.

Sur le bureau, il est visible et à portée. À proximité, il reste accessible sans rappel visuel. Dans une autre pièce, il n’est ni visible ni rapidement accessible – d’où le fait que Ward et collègues en fassent la comparaison « éloigné » la plus propre.

La distinction importe car elle teste des mécanismes différents. Si bureau et poche sous-performent tous deux par rapport à l’autre pièce, l’argument porte sur la simple disponibilité, pas seulement le fait de voir l’écran. Si seul le bureau diffère, il s’agit plutôt de saillance visuelle. Les preuves ultérieures montrent que le schéma dépend de la tâche et du laboratoire.

Des preuves que la proximité peut peser sur l’attention

L’étude la plus citée est celle de Ward et collègues (2017), deux expériences sur la capacité cognitive disponible.

Les participants réalisaient des tâches d’attention et de mémoire de travail avec le téléphone sur le bureau, en poche/sac ou dans une autre pièce. Consigne : ne pas penser au téléphone, ne pas le regarder. La capacité était plus faible avec le téléphone proche, la plus élevée dans l’autre pièce.

L’effet tenait alors même que les appareils restaient silencieux et intouchés – d’où l’interprétation en « brain drain » par simple présence plutôt que par interruption. Les auteurs parlaient de coût en ressources disponibles pour se concentrer, non de preuve d’une baisse systématique sur toute tâche réelle avec téléphone proche.

Skowronek et collègues (2023) ont trouvé un pattern convergent sur une autre mesure : la présence du téléphone réduisait l’attention de base – capacité soutenue de bas niveau – ce qui cadre avec l’idée qu’un appareil proche occupe des ressources de fond sans interruption explicite.

Ce sont les cas les plus forts pour un coût de proximité – et la raison pour laquelle éloigner le téléphone peut parfois rendre le travail moins haché.

Des preuves avec peu ou pas d’effet

Toutes les tentatives ne retrouvent pas le même schéma, même avec un dispositif proche.

Hartmann et collègues (2020) ont testé mémoire à court terme et mémoire prospective avec la même logique bureau–proximité–autre pièce. Aucun effet global de la présence n’est apparu sur les deux mesures. Être là n’a pas modifié fiablement le rappel dans ce paradigme.

Ce résultat nul n’est pas une exception dans le tableau des réplications. D’autres laboratoires ayant repris le paradigme initial rapportent des effets mitigés ou faibles – parfois de plus petites différences, parfois aucune différence significative une fois l’échantillon ou la version de tâche changée. La littérature de synthèse note désormais explicitement : les réplications sont mitigées.

Cela ne signifie pas que Ward avait tort. Simplement, un téléphone proche ne réduit pas fiablement toute forme d’attention ou de mémoire testée. Quand la tâche sollicite moins la capacité mesurée par Ward, ou que le contexte diffère, le coût de présence peut s’annuler.

Pourquoi les études divergent

La méta-analyse rend la divergence plus lisible.

Böttger et collègues (2023) ont agrégé 22 études/43 effets sur présence et cognition. Effet négatif moyen – la présence allait en moyenne avec une performance légèrement moindre. Mais aussi forte hétérogénéité selon le domaine : les effets différaient selon qu’on mesurait attention, mémoire de travail ou autres fonctions exécutives.

Cela recoupe les études côte à côte : Ward et Skowronek trouvent des coûts sur capacité/attention de base, Hartmann aucun sur les tâches de mémoire utilisées. La même distance peut donc peser sur une exigence plus qu’une autre.

Autres raisons de résultats mitigés :

  • Sensibilité de la tâche. Les mesures brèves en laboratoire sollicitent différemment les ressources qu’un téléphone saillant pourrait occuper.
  • Échantillon et cadre. Conditions contraintes, souvent étudiants ; vrais bureaux, habitudes et pertinence du téléphone varient.
  • Puissance et précision. Les effets initiaux étaient modestes, donc taille d’échantillon, consigne et contrôles peuvent faire basculer la significativité sans changer beaucoup l’estimation sous-jacente.

Au total : non pas « les téléphones drainent toujours » vs « jamais », mais un petit coût dépendant du contexte, plus visible sur certaines mesures d’attention que d’autres.

Faut-il vraiment mettre son téléphone dans une autre pièce ?

Il n’y a pas de règle, mais un test peu coûteux.

Si votre téléphone attire souvent regard, main ou vérification mentale au travail, la distance supprime à la fois l’indice visuel et l’accès facile. Cela correspond aux conditions où Ward trouvait le bénéfice le plus net pour l’autre pièce. Pas besoin de croire à un effet énorme et durable – juste retirer un objet saillant peut libérer un peu de capacité.

En faire une prescription stricte est moins utile. Les résultats nuls d’Hartmann et les réplications mitigées suggèrent que vous ne verrez pas systématiquement un gain de mémoire ou de performance. Et la distance a des coûts pratiques : appels manqués, codes, outils partagés qui exigent le téléphone à portée.

Mieux vaut raisonner en coût et réversibilité : mettre le téléphone dans une autre pièce pour un bloc de concentration est gratuit, réversible et vite évaluable. L’y laisser toute la journée quoi qu’il arrive, non. La question utile n’est pas « mon cerveau est-il drainé ? » mais « cette distance rend-elle ce bloc moins fragmenté ? »

À retenir

Testez la distance comme une expérience, pas une croyance :

  • Définissez le bloc. Un créneau récurrent – par ex. 60–90 min de lecture, écriture ou étude – pas « toute la journée ».
  • Comparez trois distances. Quelques jours chacun avec téléphone sur le bureau (écran contre table, silencieux), puis caché à proximité (tiroir/sac), puis dans une autre pièce.
  • Notez le bon résultat. Évaluez concentration et fragmentation sur 1–5 juste après, pas seulement le rendu. Les effets les plus solides portaient sur capacité disponible/attention de base, pas sur tout score de mémoire.
  • Gardez le gagnant. Si l’autre pièce est plus claire, gardez-la pour ce bloc. Sinon, choisissez le dispositif le moins coûteux.

Même logique que pour tout test de pause ou d’habitude : mécanisme concret, mesure simple, durée courte pour apprendre. Pour l’effet des brèves utilisations téléphone en pause, voir faire une pause téléphone aide-t-il à récupérer.

Si la distance seule ne change rien et que vous ouvrez encore des apps en pilote automatique dès que le téléphone revient à portée, l’étape suivante porte sur l’habitude, pas seulement la distance.

FAQ proximité et concentration

Pour certaines tâches, oui. Ward trouvait la meilleure capacité dans l’autre pièce, mais les études ultérieures et une méta-analyse de 22 études montrent des effets variables selon la tâche.

Parfois. Ward et al. (2017) capacité moindre bureau vs autre pièce ; Skowronek et al. (2023) attention de base réduite en présence. Pas retrouvé dans tous les paradigmes.

Böttger et al. (2023) 22 études/43 effets : petit effet négatif moyen de la présence, forte hétérogénéité selon le domaine.

Testez sur un bloc ciblé en comparant bureau, caché à proximité et autre pièce quelques jours. Si la distance rend le travail moins fragmenté, gardez-la pour ce bloc.

Références

  • Ward, A. F., et al. (2017). Brain drain : la simple présence du smartphone réduit la capacité cognitive disponible – 2 expériences. Journal of the Association for Consumer Research. Capacité moindre bureau/à proximité vs autre pièce (meilleure).
  • Hartmann, M., et al. (2020). Présence et mémoire à court terme/prospective – aucun effet global.
  • Skowronek, J., et al. (2023). Présence et attention de base – présence réduit l’attention de base.
  • Böttger, T., et al. (2023). Méta-analyse présence et cognition – 22 études, 43 effets. Computers in Human Behavior. Effet négatif moyen, forte hétérogénéité par domaine.
  • Réplications mitigées dans les laboratoires ayant repris le paradigme (voir hétérogénéité).